Traduction de l'article du 'Sächsische Zeitung" du 10 mai 2008
"Si Dresde ne veut pas écouter, nous non plus."
Une interview exclusive à Paris du Directeur du Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO à propos des problèmes soulevé par le projet de pont de Dresde.
Monsieur Bandarin, quelles peuvent être les conséquences pour un pays de perdre un titre de patrimoine mondial ?
L’année dernière, le parc naturel d’Oman fut le premier site à perdre le titre. Ce fut pour nous une vraie tragédie. Si nous en arrivons à déclasser un site, cela veut dire qu'il a perdu sa valeur universelle, que notre volonté n'a pas suffi, que nous n'avons pas été capables de préserver cet endroit unique en son genre. C'est pour nous une véritable défaite parce que nous n’avons pas su nous acquitter de notre mission.
Quelle est donc cette mission ?
Un site qui se trouve sur la liste du patrimoine mondial est un lieu unique dont la valeur est reconnue dans le monde entier, et qui mérite qu’une organisation internationale, l’UNESCO, s’investisse pour la conserver. Nous, au centre du patrimoine mondial, nous sommes les gardiens de ces sites, à nous la responsabilite d'en assurer la préservation. Nous représentons une protection internationale supplémentaire, qui va au-delà des procédures nationales.
La perte de ce titre peut elle avoir des conséquences économiques ?
Difficile à dire. Cela ne plaide certainement pas en faveur d’une ville de perdre le titre. C'est d'autant plus vrai pour Dresde, qui s'est relevée de façon aussi impressionnante d’une véritable destruction. J’y suis déjà allé à plusieurs reprises et je suis à chaque fois impressionné par les énormes efforts entrepris pour reconstruire le centre-ville. Il y a d'ailleurs une contradiction dans cette histoire, une ambiguité qui nous choque : d’un coté ils veulent absolumment restaurer les vestiges du passé et de l’autre, ils sont tout à fait prêts à détruire ce paysage. Pourquoi cette volonté de reconstruire n'amène-t-elle pas à préserver à tout prix ce paysage unique? Cela relève de la schizophrénie.
Pensez-vous que la perte du titre aurait des conséquences pour d'autres sites allemands du patrimoine mondial, peut-être aussi pour ceux qui sont actuellement sur la liste de candidature?
Non. C'est à nous de décider au cas par cas. Ce serait mauvais pour l’Allemagne si elle perdait un site de patrimoine mondial. Mais ses autres sites ne seraient pas affectés.
Voyez-vous un compromis possible en Allemagne, en Saxe, à Dresde ?
Il y a eu de grands débats, mais jusqu'à maintenant, je ne vois pas d’effets positifs. On a eu l'impression, quelquefois, que la ville et la région ne partagaient pas la même position. Mais ce n'est plus le cas. Le débat a dérapé sur plusieurs points. Premièrement : ce n’est pas le centre-ville qui a été classé patrimoine mondial mais le site dans son ensemble en tant que paysage culturel. Et un pont au beau milieu du site détruit justement ce paysage culturel. Deuxièmement : je m'attendais à ce que l'on aborde les discussions avec davantage de souplesse et d'ouverture. D'accord, il y a eu un référendum. Mais après le classement de Dresde. Et la question qui a été posée n'était pas la bonne. Et les gens n'ont pas eu toutes les informations qu'ils auraient dû avoir sur la situation. Il fallait poser la question suivante : voulez-vous un pont même s'il détruit ce paysage unique en son genre et qu’il vous fait perdre le classement ?
Cela, on ne le savait pas au moment du référendum, car Dresde a été classé, malgré ce projet de pont qui figurait dans le dossier de candidature.
Permettez-moi d'être clair: La ville - après une longue préparation – a posé sa candidature au classement en tant que paysage culturel. Elle s'est donc engagé à protéger le paysage. Mais si vous voulez protéger un paysage, vous ne planifiez pas un pont! Si on veut protéger un centre-ville historique, on ne se met pas à y construire le lendemain un gratte-ciel.
Mais même la ville ne le savait pas encore à l’époque…
Même si les gens de Dresde ne le savaient pas, ils auraient quand même pu y penser. S’ils étaient venus nous voir, nous le leur aurions dit immédiatement. Maintenant, de pointer telle ou telle page du dossier ou des annexes et de dire que le pont y figurait déjà – ça, c'est de la pure bureaucratie et pas du tout l’esprit de la protection du patrimoine. Bref, nous, on propose une nouveau référendum. Les gens doivent savoir ce pour quoi ils votent.
A votre avis, est-ce qu'il y avait des lacunes dans le rapport de l’expert Icomos?
C’est vrai. Dans le rapport Icomos s'est trompé sur l'emplacement du pont. Mais ce n'est pas Icomos qui est responsable du site classé, c’est la ville de Dresde, c'est ceux qui gèrent les sites. J'ai l'impression que l'on est dans un jeu : toujours la faute à l'autre. Mais là n'est pas la question, on n'est pas dans un procès. Il s’agit de l'obligation morale qui nous incombe de conserver ce paysage unique pour les générations futures. Même les politiques devraient voir la chose comme ça. Ca n'a rien à voir avec des articles de loi, les petits caractères.
Lors de la réunion du Comité l'année dernière en Nouvelle-Zélande, il a semblé que l'Unesco accepterait un projet de pont modifié. Est-ce vrai?
Oui cela a été discuté. L’UNESCO a invité Dresde à soumettre les plans d'un nouveau pont mais ils ne nous ont jamais été officiellement présentés.
En d'autres termes, l'Unesco ne dit pas strictement «non» à un pont, mais à ce pont-là en particulier?
Le pont projeté est particulièrement massif et important. Mais justement, à cet endroit, l'Elbe est très large, le pont est forcément très long. Par conséquent, je crois qu'à cet endroit n'importe quel pont, quel que soit son design, gâcherait le paysage.
Pouvez-vous comprendre qu'à Dresde beaucoup de gens se sentent victimes d’un chantage de la part de l’UNESCO ?
Non. Il n'y a jamais eu de discussion avec nous, comme nous l'avons toujours souhaité, sur des projets alternatifs. Nous ne connaissons pas d'autres projets de pont ou de tunnel, pas d'autres projets d'aménagement de la circulation- rien. La ville nous a montré un projet de pont légèrement modifié - et c'est tout. Néanmoins je reste convaincu que nous pourrions trouver d'autres solutions et résoudre le problème.
Sentez-vous du chantage de la part de Dresde ?
Le maire est venu nous voir et nous a dit: nous construisons le pont. Qu'est-ce que je devais lui répondre ? Ce n'est pas comme ça que l'on aborde ce type de problème. Nous aimerions bien collaborer avec la ville et la région pour sauver le titre et élaborer une stratégie de conservation à long terme pour la ville. Mais pour le moment,on n'en prend pas le chemin.
Que faudrait-il faire maintenant pour sauver le titre?
Nos marges de manoeuvre sont très limitées, car la ville a décidé de poursuivre la construction du pont. Nous, nous exigeons l'arrêt des travaux. Et tout de suite, car il sera bientôt impossible de rechercher un compromis. On dit - Demarrez un nouveau référendum. Cela prendra un certain temps. Mais ça n'a pas d'importance. La protection du patrimoine, là on réfléchit en termes d'éternité, pour les générations futures. C'est rien, une ou deux années par rapport à l’éternité. C'est encore un argument dont ils se servent dans leur jeu. Si, après un nouveau référendum, les citoyens décident qu'ils préfèrent tout de même un pont, alors je pourrai seulement leur dire - personne ne vous oblige à rester patrimoine mondial. Mais je ne crois pas que c'est l'avis des gens.
Dresde est donc bien sur le point de perdre le titre?
Le message délivré par le Comité l'année dernière a été très clair : Si le pont se construit, Dresde perd le classement. Il n'y a pas d'alternative. Si Dresde n'écoute pas, le comité non plus.
Si l'on n'arrête pas les travaux, est-ce que Dresde perdra le classement dès cette année?
C'est le Comité qui décidera. Mais je ne vois pas pourquoi on accorderait davantage de temps à Dresde. Cela fait déjà si longtemps que l'on discute de ce cas, la décision de l'année dernière a été catégorique. Cette année, ils décideront.
Vous êtes Directeur du Centre du patrimoine mondial, mais ce n'est pas vous, en fin de compte, qui prenez la décision. Le comité pourrait-il avoir un avis tout à fait différent du vôtre ?
Non. Notre fonction en tant que commission est de seconder le Comité, qui, lui, a la responsabilité de la décision. En apportant nos expertises, nos avis, nos rapports techniques. Car le comité ne se réunit qu'une fois par an. Normalement, nos décisions vont dans le même sens.
Entretien : Valeria Heintges| Novembre 2009 | ||||||||||
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Le communiqué cité ne parle absolument pas de Bordeaux et celà ne nous fait pas peur, car si à Dresde, que je connais bien , le nouveau pont est en plein centre historique, il n'en est pas de même à Bordeaux où le pont s'inscrit dans le quartier moderne des bassins à flot et de la Base sous-marine, car ici la ville est vivante et que toutes les architectures sont représentées: le Pont de Pierre est du 19ème siècle, celui d'Aquitaine du 20ème, et le nouveau sera du 21ème: extraordinaire du fait de son aspect monumental, tel le Pont à transbordeurs détruit pendant la guerre, signal pour ceux qui arrivent par l'estuaire, entrée grandiose pour les bateaux de croisière.
Les Bordelais ont hâte de voir enfin sur la Garonne ces flèches, loin de la "façade" 18ème, au fond d'une rade si nue et si triste depuis le départ du Colbert.
Lescure,Mériadeck, le nouveau palais de justice, tout est classé par l'UNESCO, alors qu'à Dresde, seul la partie baroque l'est, et çà change tout!
Bordeaux est classée dans son ensemble et le restera, et c'est aussi une métropole qui doit avoir un pont à la mesure de son importance.
C'est bien qu'il soit levant car celà limitera la circulation, les tunnels (voir Marseille) étant des aspirateurs à voitures. De plus, la hauteur des caissons, posés au fond, diminue le tirant d'eau: adieu les grands navires...
Quand on entend les gens entassés dans le tramway réclamer un métro, on s'aperçoit que Bordeaux a changé et ne veut plus stagner dans le passéisme, et c'est tant mieux. L'UNESCO l'a compris et l'article du Sächsische Zeitung qui ne concerne que Dresde, n'est pas recevable pour Bordeaux.
Par contre, décider un tel ouvrage et demander à l'UNESCO le classement du périmètre du Port de la Lune où il doit s'inscrire est contradictoire. Il faut rappeler que ce classement est à la fois naturel pour distinguer la forme exceptionnelle de la Garonne à Bordeaux, et culturel par le patrimoine architectural de la ville et des façades des quais dans ce cas précis.
Un tel projet ne peut donc se réaliser à cet endroit.
Mais de quoi parle t-on présisemment ? D'un franchissement devant relier les deux rives de la Garonne en favorisant les echanges des habitants, c'est à dire en leur assurant tous les jours et 24h/24h la possiblité de se rendre plus facilement qu'aujourd'hui d'une rive à l'autre.
Ce projet dans ce sens est donc mauvais car il ne permettra pas cet échange permanent, ce que vous soulignez en trouvant que c'est un point positif. Les usagers apprécieront!
Vous parlez d'un aspirateur à voitures pour le tunnel, mais cela n'est pas pire que le pont qui lui sera en plus des voitures un aspirateur à camions, limités aux dernières nouvelles à 7.5T, jusqu'à que le lobbie routier fasse que cette limitation soit supprimée.
Pour terminer, contrairement à Dresde, savez vous que Bordeaux est un port maritime? Qu'a cet égard et suivant la charte de l'Unesco nous devons laisser à nos successeurs le libre et définitif accès à tout bateau ou navire quelqu'il soit (je vous rappelle que le tirant d'air, tablier baissé sera sensiblement le même que le pont de Pierre et que le tablier ne se levera que pour les grands voiliers et les navires de croisière, s'ils viennent encore!).